J’ai l’habitude de commencer mon émission en disant d’un ton enjoué : « bonjour et bienvenue dans votre émission ! ». Mais le cœur n’y est pas et ce n’est pas un bon jour.
Hier, comme la plus part des algériens, je me suis sentie inutile et impuissante face à ce mal qui ronge mon Algérie et dont je ne connaît pas le remède. Et comme la plus part des Algériens, je suis restée rivée toute la nuit à mon écran de télé pour voir des images atroces se suivre en boucle…
Pouvais-je venir à l’antenne et faire comme si de rien n’était : IMPOSSIBLE ! Bousiller le moral des troupes c’est pas mon genre non plus ! Donc, j’ai décidé de faire dans le découpage de l’image et des coulisses.
J’ai vu le pire côtoyer le meilleur. Je pourrai aisément décerner un carton rouge pour certains et tirer un grand coup de chapeau à d’autres.
Commençons par le carton rouge que je décerne à nos dirigeants pour leur incapacité à nous consoler. Je crois que ce que disait M’mani, Allah yarhamha, a toute son importance : « klam fi waqtou dwa », la bonne parole dite au bon moment peut agir comme un baume apaisant.
Aller au chevet des blessés c’est bien, mais être accompagné d’une horde de parasites, ça ne sert à rien ! Un regard, un silence parfois, une poignée de main sincère suffit à consoler…
L’absurde, le sordide n’ont pas manqué non plus. Notamment dans un des hôpitaux de la capitale où un « responsable » de je ne sais pas quoi, avant le passage des caméras et des officiels, procédait à un casting des blessés en choisissant parmi les victimes, je cite : « li m’khesser bien », les plus abîmés quoi, pour les transférer dans l’aile du service hospitalier fraîchement repeint, parce que le pavillon des urgences n’était pas assez clean à son goût.
Un autre carton rouge, tiens, à Monsieur Solidarité, le plus solidaire de tous, qui était perché sur les décombres face aux caméras pour bien montrer qu’il était présent, alors qu’il dérangeait les éléments de la Protection Civile en plein travail.
Ce qui m’amène à mon coup de chapeau !
Chapeau bas à ces pompiers, médecins, techniciens, spécialistes qui travaillent encore à l’heure où je vous parle, pour essayer d’arracher à la mort des corps qui s’accrochent tant bien que mal à la vie…On vous a vu en direct, faisant un travail titanesque de fourmis pour sauver Sofiane…Il y en avait des tas de Sofianes, il y en a encore qui attendent de l’aide.
Merci à vous Protection Civile, d’avoir sorti Sofiane des décombres. Oh, je sais, pour vous c’est votre mission, mais Sofiane c’est le fils, le frère, l’ami , le fiancé de quelqu’un qui n’avait que vous pour s’accrocher au maigre espoir de la vie dans ce paysage de mort.
Merci d’être resté concentrés, déterminés et professionnels ! Insensibles aux manèges des « importants de ce monde » et aux projecteurs de caméras pour faire le mieux possible votre boulot.
Merci à vous, Protection Civile, d’exister, car vous, vous me réconciliez avec mon Algérie, celle qui mérite d’être sauvée…en vivant, tout simplement.
MALYA BEHIDJ